Le tissu
       
 
La transformation
     
   
 
 
 

Les graines de lin, répandues à la volée au mitant de mai sur un sol meuble et perméable, fleurissent après six à huit semaines de croissance. Les petites fleurs qui couvrent les champs pendant environ dix jours continuent de mûrir jusqu’à la fin de l’été. Les tiges jaunies sont arrachées avec leurs racines, jamais fauchées, par poignées égales, d’un coup sec. Étalées sur le champ en couches très minces, soumises à l’alternance du vent, du soleil, de la rosée et de la pluie, retournées aux dix jours, elles vont rouir à la rosée.

Par une belle journée séchante, les tiges rassemblées en petites javelles, attachées en gerbes, bottes ou bottillons, sont étendues sur la batterie les unes à côté des autres, immobilisées d’une lourde planche. Le fléau à bout de bras, les hommes battent en alternance pour libérer les graines qui, secouées à l’aide du van et débarrassées des impuretés, seront entreposées jusqu’aux prochaines semailles.

Par temps clair et frais d’octobre, s’organise entre les voisins la corvée du broyage. Le chauffeur ou la mère-feu installe une chaufferie à l’abri des vents dominants, le plus souvent à l’orée du bois, près d’un cours d’eau, loin des bâtiments. Les poignées de lin séchées et plus cassantes sont partagées entre les brayeuses qui, à l’aide du brayon frappent les tiges pour rompre la chènevotte en aigrettes et dégager la matière ligneuse. Les dernières aigrettes tomberont sous les coups de l’écang ou des palmes du moulin flamand.

Passée et repassée à travers les dents du séran, démêlée et détachée de l’étoupe, la belle poignée de filasse qui présente alors un faisceau régulier, rassemblée en une chevelure souple, pliée et tressée en torquettes est prête pour le filage.